Cahier des charges d'un site internet : ce qu'il doit trancher avant le premier devis
Un cahier des charges de site sert à obtenir des devis comparables, puis un site conforme à ce que vous attendiez. Cinq à dix pages suffisent pour un site vitrine ou un e-commerce simple, à condition qu'elles tranchent vos priorités.
Le cahier des charges est la pièce centrale du sujet Organisation : le document qui dit ce que le site doit obtenir, pour qui, avec quelles contraintes. Écrit avant la consultation, il fixe la base sur laquelle chaque candidat répond.
À quoi il sert
Il sert d’abord à obtenir des devis de site internet comparables, puisque tous les candidats répondent au même texte. Pendant le projet, il devient la référence : celui que vous retenez sait ce qu’il doit livrer, et vous vérifiez que la livraison correspond à la demande.
La démarche a ses normes. NF EN 16271 en fait la recherche d’un optimum entre le besoin exprimé et ce qui sera fourni pour le satisfaire. Pour un projet plus lourd, la norme internationale ISO/IEC/IEEE 29148 précise ce qu’est une exigence bien formulée et les informations qu’une spécification doit couvrir.
Ce qu’il doit contenir
France Num, qui recense plusieurs modèles, retient une structure en sept parties :
- Le contexte : qui vous êtes, ce que vous vendez, à qui, sur quels marchés.
- Les objectifs du site, classés par ordre de priorité.
- La structure et les fonctions : l’arborescence, c’est-à-dire le plan des pages, et ce que le site doit permettre de faire.
- Les outils avec lesquels il doit fonctionner : le logiciel de suivi des clients (CRM), le logiciel de gestion (ERP), l’outil de réservation, la lettre d’information. Vous n’avez pas à choisir la technologie du site, mais vous devez nommer ces outils.
- La grille d’évaluation, c’est-à-dire ce qui comptera le plus dans votre choix.
- Les livrables attendus et le calendrier de la consultation et du projet.
- Un budget estimé, même approximatif, pour que les candidats dimensionnent leur réponse. Les fourchettes publiées pour le prix d’un site internet donnent un premier repère.
Ajoutez deux points que cette structure ne traite pas : ce qui doit être à votre nom (nom de domaine, hébergement, comptes), et ce que vous récupérez si vous changez d’intervenant. C’est ce que fixe la clause de réversibilité, et le cahier des charges est le bon endroit pour l’exiger.
Ce qu’un modèle à remplir ne décide pas
Les modèles donnent les rubriques. Ils ne tranchent pas à votre place ce qui compte le plus quand tout ne tient pas dans le budget, ni ce qui peut attendre une seconde version. Un cahier des charges qui liste tout au même niveau laisse ces arbitrages aux candidats, et chacun les fait à sa façon.
Un autre guide du même dispositif public conseille de séparer les fonctions essentielles au lancement de celles qui pourront attendre, car vouloir tout faire d’emblée est la principale source de dépassement budgétaire. La méthode MoSCoW, telle que la décrit le cadre agile DSDM, va plus loin : elle écrit noir sur blanc ce qui ne sera pas fait cette fois, ce qui clarifie le périmètre et évite que ces demandes reviennent en douce plus tard.
Dans un projet de site, le plus coûteux est de livrer autre chose que ce dont vous aviez besoin. Le cahier des charges est là pour l’empêcher. Dans une enquête menée en 2014 par le Project Management Institute auprès de 2 066 praticiens, une mauvaise gestion des exigences était la cause principale de près de la moitié (47 %) des projets qui manquaient leurs objectifs, et 5,1 % de chaque dollar investi était perdu pour cette raison. Une étude de la NASA, menée sur des systèmes comparables à un engin spatial, chiffre l’effet du retard : une erreur d’exigence découverte une fois le système en service coûte de 29 à plus de 1 500 fois ce qu’elle aurait coûté pendant la rédaction des exigences.
Rédiger un cahier des charges avec l’IA
L’IA fait gagner beaucoup de temps sur ce document. Donnez-lui vos notes en vrac, le compte rendu d’une réunion ou le plan de votre site actuel : elle les range dans les rubriques, reformule ce qui est flou et repère ce qui manque, comme une fonction sans objectif ou un outil cité sans dire ce qu’il échange avec le site.
Une étude présentée en 2025 à la conférence internationale de l’IEEE sur l’ingénierie des exigences, menée dans une société de conseil informatique, le confirme : les modèles de langage réduisent le temps et l’effort de rédaction des spécifications, mais la qualité du résultat dépend de ce qu’on leur fournit et demande souvent une relecture humaine. Une autre étude, publiée en 2024 sur un exemple simple (la gestion d’un club universitaire), estime qu’ils atteignent le niveau d’un ingénieur débutant.
Elle ne sait pas, en revanche, ce qui compte pour votre entreprise. Demandez-lui un cahier des charges sans rien lui donner, et elle remplira chaque rubrique de réponses plausibles : le document décrira un site moyen, et les candidats chiffreront ce site moyen. La CNIL rappelle que ces systèmes peuvent produire des résultats inexacts qui paraissent pourtant plausibles, ce que le NIST américain appelle des confabulations. Les priorités, ce qui peut attendre une seconde version et le budget que vous y mettez restent vos décisions. Relisez chaque ligne en vous demandant si un candidat pourrait la chiffrer telle quelle.
Vérifiez aussi ce que vous confiez à l’outil. La fiche que la même autorité a publiée avec France Num pour les petites entreprises est nette : rien de confidentiel, de personnel ou de stratégique dans un outil grand public, et la décision finale reste humaine. L’ANSSI range parmi les données à ne pas confier aux services d’IA grand public les données contractuelles, juridiques ou financières de l’entreprise, et un cahier des charges en contient souvent.
Nous travaillons de cette façon, et nous avons construit un outil pour la tenir : notabene, publié en licence libre. Les relecteurs annotent le document directement dans la page, sur le passage concerné. Un agent IA, c’est-à-dire un programme qui exécute des tâches, applique ces remarques, et un mode d’approbation permet de valider chaque modification avant de la garder ; un journal garde ce qui a changé et pourquoi. Les remarques et le journal restent avec le document, sans service tiers ni base de données, et le document s’exporte en PDF pour être envoyé aux candidats.
Le cas de la refonte
Une refonte ne part pas de zéro. Le cahier des charges doit dire ce qui existe et ce qu’on en garde : les pages et les contenus à reprendre, les adresses actuelles qui devront renvoyer vers les nouvelles, et ce que l’ancien site fait aujourd’hui que personne n’a pensé à écrire.
Le point de départ est un inventaire du contenu, que le Nielsen Norman Group décrit comme la liste de tout ce que le site contient, page par page ; l’audit qui suit décide de ce qu’on reprend, de ce qu’on met à jour et de ce qu’on retire. Pour les adresses, la documentation de Google sur les migrations de site est précise : dressez la liste des anciennes adresses, associez chacune à sa nouvelle destination, et conservez les redirections au moins un an. Une redirection permanente, dite 301, ne fait pas perdre le crédit que la page avait acquis dans le classement.
Qui devrait l’écrire
Vous connaissez votre besoin ; il faut encore savoir ce que chaque ligne coûtera à construire. Un cahier des charges écrit par quelqu’un qui exécute est chiffrable ligne à ligne, et aucune ligne ne relève de l’hypothèse.
Quand nous rédigeons des spécifications, elles sont faites pour être exécutées par quelqu’un d’autre : elles sont à vous, et vous restez libre de consulter ailleurs. Si vous devez livrer un site sans équipe technique, c’est par ce document que le projet commence.
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